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Juillet 2026

Neuf secondes dans le ciel normand : une enquête multitechnologique sur l’astéroïde 2023 CX1

Dans la nuit du 13 février 2023, un astéroïde de la taille d’un ballon de plage s’est désintégré dans le ciel de Normandie. Bref et spectaculaire, l’événement aurait pu n’être qu’un éclair de plus dans le ciel nocturne. Il est devenu l’une des explosions atmosphériques les mieux comprises de l’histoire récente grâce à la richesse et à la cohérence exceptionnelles des données recueillies. Une analyse multitechnologique portée par 67 instituts internationaux a mis en évidence un mode de fragmentation rare et marque une avancée majeure pour la défense planétaire [1].

Un astéroïde, noté 2023 CX1, a traversé l’atmosphère et des fragments ont percuté la Normandie le 13 février 2023. Grâce à une analyse d’observations optiques, sismiques, infrasonores et à une analyse de fragments récupérés au sol, son histoire a été reconstituée, permettant de remonter à ses caractéristiques (figure 1). La convergence de méthodes indépendantes a transformé neuf secondes de lumière dans le ciel en l’un des événements d’impact atmosphérique les mieux caractérisés à ce jour. L’application à cet événement des méthodes développées au CEA - DAM démontre leur pertinence pour l’étude des phénomènes extrêmes.

Tout commence lorsque 2023 CX1 est repéré sur les écrans de l’observatoire astronomique de Konkoly en Hongrie, sept heures avant son entrée dans l’atmosphère. À cet instant, il n’est encore qu’un faible point lumineux. 2023 CX1 a été rapidement identifié comme un objet géocroiseur sur une trajectoire de collision avec la Terre. Son orbite, l’instant et la zone d’entrée atmosphérique ont été calculés avec une précision remarquable pour un objet de cette taille. Grâce à son réseau d’une centaine de caméras et de capteurs radio surveillant le ciel en continu, le réseau national français Fripon/Vigie-Ciel a enregistré l’événement. La mobilisation exceptionnelle du grand public a également permis de collecter de nombreuses images de la rentrée atmosphérique de l’astéroïde, contribuant à la reconstitution de la trajectoire et au calcul des zones probables de chute.

Les analyses ont bénéficié de l’expertise du CEA - DAM, acquise depuis plus de vingt ans dans le traitement automatique des mesures sismiques et infrasonores. Développés initialement pour la mission de surveillance du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (Tice), ces outils permettent de détecter, de localiser et de caractériser en temps réel des sources énergétiques atmosphériques à partir d’un réseau mondial de stations infrasonores [2,3].

Lors de son freinage atmosphérique, 2023 CX1 s’est fragmenté, libérant une partie de son énergie en ondes de choc acoustiques. Le signal infrasonore associé à l’explosion a été détecté par plusieurs stations françaises et du système international de surveillance du Tice. En atteignant le sol, les infrasons se sont partiellement convertis en ondes sismiques. Cette réponse sismique a été enregistrée par le réseau sismologique français de l’infrastructure de recherche nationale Epos (European Plate Observing System) à laquelle le CEA - DAM contribue.

La figure 2 présente la courbe de luminosité reconstruite à partir des observations optiques multiangulaires. La luminosité a augmenté progressivement durant les quatre premières secondes, au cours de la phase d’échauffement du corps, avant le début d’une ablation intense. La luminosité maximale a été atteinte vers 28 km d’altitude. Le modèle reproduit avec précision la courbe de luminosité modélisée.

En combinant les temps d’arrivée des infrasons avec des modèles atmosphériques tridimensionnels, la localisation et l’altitude de l’explosion concordent à moins d’un kilomètre près de celles obtenues par l’analyse des mesures optiques. L’analyse de la distribution temporelle et spatiale des signaux infrasonores et sismiques révèle une géométrie sphérique de l’onde de choc, caractéristique d’une source quasi ponctuelle. L’histoire de la rentrée de CX1 a ainsi pu être reconstituée : d’un diamètre d’environ 70 cm et d’une masse estimée à 650 ± 150 kg, l’astéroïde est entré dans l’atmosphère à une vitesse proche de 14 km/s. La désintégration s’est produite vers 28 km d’altitude, avec une libération quasi instantanée de 98 % de l’énergie cinétique. L’énergie totale libérée a été évaluée à environ 30 tonnes de TNT.

Ce mode de fragmentation est inhabituel pour des objets de cette taille. En effet, les astéroïdes comparables se fragmentent généralement de manière progressive à plus haute altitude dans l’atmosphère. Les simulations numériques couplant la dynamique de l’explosion atmosphérique à la propagation des ondes de choc montrent que ce mode de fragmentation instantanée multiplie par au moins quatre la surface au sol affectée par des surpressions significatives (vitres brisées, dommages légers), par rapport à un scénario de fragmentation classique. 2023 CX1 était trop petit pour provoquer des dégâts au sol. Cependant, pour un corps plus massif (de quelques mètres de diamètre), un tel mode de fragmentation, concentrant le dépôt d’énergie sur une portion très courte de trajectoire, pourrait causer des dommages matériels sur de vastes régions – jusqu’à 100 km de la zone d’impact.

L’étude s’est aussi intéressée à la distribution géographique des fragments, modélisée à partir de la trajectoire et des vents atmosphériques, puis confirmée par leur récupération sur le terrain : elle est typique d’une fragmentation brutale. Les analyses isotopiques et minéralogiques montrent que les fragments (appelés météorites) proviennent à la fois du cœur et de la surface de l’astéroïde, excluant un scénario d’érosion progressive, en cohérence avec l’ensemble des observations.

A. Le Pichon, J. Vergoz, G. Mazet-Roux CEA - DAM, centre DAM Île-de-France

A. Egal Department of Physics and Astronomy, The University of Western Ontario, Canada

figure 1

Un météore brillant traverse le ciel nocturne au-dessus d'un paysage urbain avec des informations techniques sur ses caractéristiques et son énergie équivalente affichées à côté.

Description générée par IA

Carte d’identité de l’astéroïde 2023 CX1. À gauche, photographie de l’astéroïde 2023 CX1 prise depuis l’observatoire astronomique de Konkoly en Hongrie (© D. Legangneux).

figure 2

Carte montrant la trajectoire d'un objet entrant dans l'atmosphère avec un graphique illustrant les phases de réchauffement et d'ablation en fonction du temps.

Description générée par IA

[a] Représentation idéalisée de la trajectoire 2023 CX1 entre sa première observation optique (altitude de 101 km) et son point de désintégration à 28 km (© S. Anghel). [b] Luminosité observée (symboles), exprimée en magnitude visuelle, et modélisée (trait noir) à l’aide d’un modèle hydrodynamique de fragmentation [1] : le modèle reproduit bien les observations. Les symboles indiquent des données provenant de différents instruments.

références

1

A. Egal, D. Vida, F. Colas et al. « Catastrophic disruption of asteroid 2023 CX1 and implications for planetary defence », Nature Astronomy, https://doi.org/10.1038/s41550-025-02659-8, 9, p. 1624-1637 (2025).

2

Collectif du CEA - DAM La détection des essais nucléaires - À l'écoute du globe, revue chocs, 50, 112 pages (2020).

3

A. Le Pichon, B. Poste, J. Vergoz et al. « Quand la quatrième dimension révèle l’inaudible », chocs avancées, 18, p. 48-49 (2024).